L'EURL : la société taillée pour l'entrepreneur solo
L'EURL, ou Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée, est la version unipersonnelle de la SARL. Elle permet à un entrepreneur seul de créer une véritable société avec une personnalité morale distincte, un patrimoine propre et une responsabilité limitée aux apports.
En 2026, l'EURL reste un choix pertinent pour les entrepreneurs qui dépassent le cadre de la micro-entreprise sans vouloir créer une SASU. Avec environ 25 % des créations de sociétés unipersonnelles, elle séduit par son cadre juridique bien rodé et ses cotisations sociales modérées.
Pourquoi choisir l'EURL ?
Responsabilité limitée aux apports
Contrairement à l'entreprise individuelle classique, l'EURL crée une séparation entre votre patrimoine personnel et celui de la société. En cas de difficultés financières, vos biens personnels (résidence principale, épargne, véhicule personnel) sont protégés. Seuls vos apports au capital sont engagés.
Nuance importante : cette protection tombe si vous vous portez caution personnelle pour un emprunt contracté par l'EURL (ce que les banques demandent quasi systématiquement) ou en cas de faute de gestion caractérisée.
Un cadre juridique éprouvé
Les règles de fonctionnement de l'EURL sont celles de la SARL, codifiées dans le Code de commerce depuis 1985. La jurisprudence est abondante, les obligations sont claires et les tribunaux bien rodés. Pour un entrepreneur qui valorise la sécurité juridique, c'est un avantage réel.
Des cotisations sociales modérées
Le gérant associé unique d'EURL relève du régime TNS (Travailleur Non Salarié). Les cotisations sont calculées sur la rémunération nette et représentent environ 45 % de celle-ci, contre environ 65 % pour le régime assimilé salarié de la SASU. Cette différence représente plusieurs milliers d'euros par an.
L'option fiscale IR ou IS
L'EURL offre un choix fiscal que peu de structures proposent aussi simplement. Par défaut, lorsque l'associé unique est une personne physique, les bénéfices sont imposés à l'impôt sur le revenu (IR) dans la catégorie correspondant à l'activité (BIC ou BNC). Mais l'associé unique peut opter pour l'impôt sur les sociétés (IS), ce qui permet de laisser les bénéfices dans la société à un taux réduit.
EURL vs micro-entreprise : quand passer le cap ?
La micro-entreprise (auto-entreprise) est le point de départ naturel de nombreux entrepreneurs. Mais elle atteint ses limites dans plusieurs situations.
Tableau comparatif EURL vs micro-entreprise
| Critère | Micro-entreprise | EURL à l'IR | EURL à l'IS |
|---|---|---|---|
| Plafond de CA | 77 700 € (services) / 188 700 € (vente) | Pas de plafond | Pas de plafond |
| Charges déductibles | Non (abattement forfaitaire) | Oui (charges réelles) | Oui (charges réelles) |
| TVA | Franchise possible | Régime réel | Régime réel |
| Responsabilité | Illimitée sur patrimoine pro | Limitée aux apports | Limitée aux apports |
| Comptabilité | Livre des recettes | Complète (bilan + CR) | Complète (bilan + CR) |
| Cotisations sociales | ~22 % du CA | ~45 % du bénéfice net | ~45 % de la rémunération |
| Imposition | Barème IR (sur CA - abattement) | Barème IR (sur bénéfice net) | IS 15/25 % + PFU sur dividendes |
Les signaux pour passer à l'EURL
L'EURL devient plus intéressante que la micro-entreprise lorsque vos charges professionnelles réelles dépassent l'abattement forfaitaire du micro (34 % pour les BNC, 50 % pour les BIC services, 71 % pour la vente). Concrètement, si vous êtes consultant BNC avec 77 000 euros de CA et 35 000 euros de charges réelles, l'abattement micro de 34 % ne vous donne que 26 180 euros de déduction, alors que l'EURL permet de déduire 35 000 euros.
L'EURL s'impose également lorsque vous dépassez les plafonds de CA de la micro-entreprise, lorsque vous avez besoin de crédibilité (les sociétés inspirent davantage confiance aux grands comptes) ou lorsque vous souhaitez séparer clairement votre patrimoine professionnel et personnel.
EURL vs SASU : le match des solitaires
C'est la question que se pose tout entrepreneur créant seul. Le tableau ci-dessous résume les différences clés.
| Critère | EURL | SASU |
|---|---|---|
| Régime social | TNS (~45 % cotisations) | Assimilé salarié (~65 % cotisations) |
| Sans rémunération | Cotisations minimales ~1 100 €/an | Aucune cotisation (aucune couverture) |
| Dividendes | PFU 30 % + cotisations TNS au-delà de 10 % du capital | PFU 30 % uniquement |
| Flexibilité des statuts | Encadrée (Code de commerce) | Très libre |
| Cession de parts/actions | Droits 3 % (avec abattement) | Droits 0,1 % |
| Bulletin de paie | Non requis | Obligatoire si rémunération |
| IR de plein droit | Oui (personne physique) | Non (option limitée à 5 ans) |
En résumé : l'EURL gagne sur les charges de rémunération courante (TNS moins cher). La SASU gagne sur les dividendes (pas de cotisations sociales) et sur la flexibilité (statuts libres, cession simplifiée). Le choix dépend de votre stratégie de rémunération.
Les étapes pour créer une EURL en 2026
Étape 1 : Définir l'objet social et le capital
L'objet social décrit l'activité de votre EURL. Rédigez-le de manière suffisamment large pour couvrir vos activités actuelles et futures, sans être trop vague. Le capital social est libre (minimum 1 euro). En pratique, 1 000 à 5 000 euros est un montant courant qui témoigne d'un minimum de sérieux.
Le capital peut être constitué en numéraire (20 % minimum libérés à la constitution, le solde sous 5 ans) ou en nature (un bien, un véhicule, du matériel). En cas d'apport en nature supérieur à 30 000 euros ou représentant plus de la moitié du capital, un commissaire aux apports doit être nommé.
Étape 2 : Rédiger les statuts
Les statuts de l'EURL doivent contenir les mentions obligatoires prévues par le Code de commerce : dénomination sociale (suivie de "EURL" ou "Société à responsabilité limitée"), adresse du siège social, objet social, montant du capital, durée de la société (99 ans maximum), identité de l'associé unique et du gérant, et modalités de fonctionnement.
Vous pouvez rédiger les statuts vous-même à partir de modèles, utiliser un service juridique en ligne (100 à 300 euros) ou confier la rédaction à un avocat ou un expert-comptable (500 à 1 500 euros).
Étape 3 : Déposer le capital social
Le capital en numéraire doit être déposé sur un compte bancaire bloqué ouvert au nom de la société en formation. La banque (ou le notaire) délivre une attestation de dépôt des fonds, indispensable pour l'immatriculation. Les fonds sont débloqués après l'obtention du Kbis.
De nombreuses banques en ligne acceptent désormais les dépôts de capital (Qonto, Shine, etc.) avec des délais plus courts et des frais réduits.
Étape 4 : Publier un avis de constitution
L'avis de constitution doit paraître dans un journal d'annonces légales (JAL) habilité dans le département du siège social. Le coût est d'environ 121 euros pour une EURL en 2026 (tarif réglementé, variable selon le département). La publication peut se faire intégralement en ligne.
Étape 5 : Déposer le dossier d'immatriculation
Le dossier est déposé sur le Guichet unique de l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). Il comprend les statuts signés et datés, l'attestation de parution dans le JAL, l'attestation de dépôt des fonds, la pièce d'identité du gérant, la déclaration de non-condamnation du gérant, la déclaration des bénéficiaires effectifs et le formulaire de déclaration de création.
Étape 6 : Obtenir le Kbis
Le greffe traite la demande sous 3 à 7 jours ouvrés. Vous recevez votre numéro SIREN/SIRET et votre extrait Kbis, qui atteste de l'existence juridique de votre EURL. Vous pouvez alors débloquer le capital et commencer votre activité.
Le coût de création d'une EURL en 2026
| Poste | Coût |
|---|---|
| Rédaction des statuts (en ligne) | 100 - 300 € |
| Rédaction des statuts (avocat) | 500 - 1 500 € |
| Publication JAL | ~121 € |
| Frais de greffe | ~37,45 € |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | 21,41 € |
| Dépôt du capital (banque en ligne) | 0 - 100 € |
| Total minimum (en ligne) | ~280 € |
| Total avec accompagnement | ~700 - 1 800 € |
La fiscalité de l'EURL : IR ou IS ?
EURL à l'IR (régime par défaut)
Lorsque l'associé unique est une personne physique, les bénéfices de l'EURL sont imposés directement à l'impôt sur le revenu de l'associé, dans la catégorie BIC ou BNC selon l'activité. Le bénéfice imposable est le résultat comptable après déduction de toutes les charges (y compris la rémunération du gérant qui n'est pas déductible dans ce cas).
Avantage : simplicité. Il n'y a pas de double imposition (pas d'IS puis d'IR sur les dividendes). Le déficit éventuel de l'EURL est imputable sur le revenu global de l'associé.
Inconvénient : tout le bénéfice est imposé au barème progressif de l'IR, même si vous le laissez dans la société. Avec une tranche marginale à 30 % ou 41 %, la charge fiscale peut être lourde.
EURL à l'IS (option)
L'option IS permet d'imposer les bénéfices au taux de l'impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice, puis 25 % au-delà. La rémunération du gérant est déductible du résultat imposable de la société.
Avantage : vous ne payez l'IR que sur la rémunération que vous vous versez effectivement. Les bénéfices laissés dans la société ne sont soumis qu'à l'IS (15 % ou 25 %), ce qui permet de constituer de la trésorerie pour investir.
Inconvénient : en cas de distribution de dividendes, double imposition (IS sur le bénéfice, puis PFU à 30 % sur le dividende). De plus, les dividendes du gérant d'EURL à l'IS sont soumis aux cotisations TNS au-delà de 10 % du capital.
Exemple comparatif : 80 000 euros de bénéfice
| Élément | EURL IR | EURL IS |
|---|---|---|
| Bénéfice de l'EURL | 80 000 € | 80 000 € |
| Rémunération gérant | Incluse dans le bénéfice | 40 000 € (déductible) |
| Cotisations TNS | ~20 000 € | ~18 000 € |
| Base imposable IR | 60 000 € (TMI 30 %) | 40 000 € (TMI 30 %) |
| IR estimé | ~8 880 € | ~4 440 € |
| IS | — | 6 000 € (15 % x 40 000 €) |
| Bénéfice restant en société | 0 € | 34 000 € |
| Impôts + cotisations totaux | ~28 880 € | ~28 440 € |
Dans cet exemple, les deux options sont proches. L'IS devient nettement plus avantageux lorsque le bénéfice augmente et que l'entrepreneur n'a pas besoin de tout sortir de la société.
Les obligations de gestion de l'EURL
Comptabilité
L'EURL doit tenir une comptabilité complète : bilan, compte de résultat, annexes. Un expert-comptable n'est pas légalement obligatoire mais fortement recommandé. Comptez 1 000 à 2 500 euros par an pour un cabinet en ligne, 2 000 à 4 000 euros pour un cabinet traditionnel.
Approbation des comptes
L'associé unique doit approuver les comptes annuels dans les 6 mois suivant la clôture de l'exercice. La décision est consignée dans un registre des décisions. Pas besoin d'assemblée générale formelle puisqu'il n'y a qu'un seul associé, mais la décision doit être formalisée par écrit.
Dépôt des comptes
Les comptes annuels doivent être déposés au greffe du tribunal de commerce dans le mois suivant leur approbation. L'EURL peut opter pour la confidentialité des comptes (micro-entreprise au sens comptable) ou la confidentialité du compte de résultat (petite entreprise), selon les seuils de chiffre d'affaires.
Déclarations fiscales et sociales
En EURL à l'IR : déclaration 2031 (BIC) ou 2035 (BNC) pour les résultats, déclaration 2042 C PRO pour l'IR personnel, déclaration sociale des indépendants (DSI).
En EURL à l'IS : liasse fiscale 2065 pour l'IS, déclaration 2042 pour l'IR sur la rémunération, DSI pour les cotisations TNS.
Les erreurs à éviter
Mélanger les comptes. L'EURL a sa propre personnalité morale. Utilisez exclusivement le compte bancaire professionnel pour les opérations de l'EURL. Ne payez jamais de dépenses personnelles avec le compte de l'EURL et inversement.
Négliger le compte courant d'associé. Si vous injectez de l'argent personnel dans l'EURL, formalisez-le par une convention de compte courant d'associé. Cette formalisation protège votre créance en cas de difficulté et clarifie les flux financiers.
Choisir l'IS par défaut. L'option IS est irrévocable. Prenez le temps de simuler les deux scénarios sur plusieurs années avant de vous engager. L'IS n'est pas toujours plus avantageux, notamment si vous avez besoin de retirer l'intégralité des bénéfices chaque année.
Sous-estimer les cotisations TNS minimales. Même sans rémunération, le gérant TNS paie des cotisations minimales d'environ 1 100 euros par an. Intégrez ce coût dans votre prévisionnel, surtout si votre activité met du temps à démarrer.